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Le billet

[ 11 septembre 2017 ] Imprimer

Je reste Charlie !

Charlie Hebdo a encore frappé ! Après les attentats terroristes de Barcelone perpétrés par un gang de pseudo-musulmans décérébrés, le journal bête et méchant a publié une « Une » sur laquelle est dessinée une camionnette qui prend la poudre d’escampette en laissant derrière elle des corps qui gisent dans une flaque de sang. Légende de cette couverture : « Islam, religion de paix…éternelle ! »

Branle-bas le combat sur les réseaux sociaux, vitrine souvent accablante de l’intolérance et de l’ignorance! Charlie est accusé d’un amalgame honteux entre Islam et terrorisme, et d’attiser la haine anti-musulman qui gangrène nos villes et nos campagnes. Des « responsables » politiques mettent de l’huile sur le feu et font part de leur désapprobation, sans aucune arrière-pensée politicienne, évidemment… Ainsi, un ex-ministre, membre d’un parti en pleine déconfiture, a tenu à prendre solennellement ses distances avec cette « Une » scélérate : « Les amalgames sont très dangereux ».

Certains se souviennent peut-être qu’après le vibrant et émouvant hommage rendu ici et là aux pirates de la liberté d’expression tombés le crayon à la main, assassinés par des barbares au nom du respect dû à l’image du Prophète, Willem, complice de Cabu, Charb, Tignous et Wolinsky, avait prédit : « L’émotion va durer deux semaines. Et je suis optimiste »… Funeste prédiction, à la vérité, mais l’avenir lui a donné raison et l’histoire se répète avec cette nouvelle affaire « Charlie ». Aujourd’hui comme hier, au fond, c’est toujours la même écœurante rengaine qui est entonnée en chœur par la classe politico médiatique et sur les réseaux sociaux. Déjà, il y a quelques mois, après un numéro du journal bête et méchant qui avait publié de nouvelles caricatures du prophète, un éditorialiste de L’Obs avait rendu son implacable sentence, pour fustiger la coupable irresponsabilité de ses irrévérencieux confrères et tracer d’indispensables frontières à la liberté d’expression : « Certes, la liberté est un bien précieux et inaliénable. L’intelligence aussi… »… Aujourd’hui, « Charlie » est la cible de très virulentes critiques parce qu’il a encore osé répliquer par l’humour au fanatisme dissimulé sous le masque grossièrement contrefait de l’Islam.

Passons sur les accusations d’amalgame proférées par quelques esprits invertébrés à l’égard de Charlie ! C’est faire injure à ses lecteurs de penser qu’un seul d’entre eux soit assez bête ou méchant pour tomber dans ce panneau. Mais l’essentiel est évidemment ailleurs, dans le mauvais procès dont Charlie est victime à intervalles réguliers. Ce qui est, en effet, en jeu, c’est la liberté d’expression, liberté fondamentale au nom de laquelle Charlie Hebdo doit pouvoir se moquer aussi bêtement et méchamment qu’il lui plaît de toutes les religions sans exception, l’Islam comme les autres. N’oublions jamais que, comme l’a écrit Henri Leclerc, « le blasphème en lui-même ne peut pas constituer un délit », et qu’il n’appartient qu’à la loi, toute la loi mais rien que la loi, et certainement pas à quelques politiciens démagogues ou éditorialistes lénifiants, de tracer les frontières de cette liberté que des dessinateurs ont chérie de vie à trépas. L’humour, la dérision, la satire, la caricature sont des biens trop précieux pour la démocratie : remparts de la liberté, ils constituent d’irremplaçables remèdes contre l’opium du peuple et ses sanguinaires effluves.

Laisser entendre, car c’est bien le message à peine subliminal que les uns et les autres expriment, que la mort de ses dessinateurs, voire des victimes des attentats, est imputable, fût-ce dans une certaine mesure, à la liberté d’expression telle que l’exerce Charlie, lequel aurait perdu le sens de toute responsabilité morale en dépit de son respect de la loi, c’est entonner un hymne sinistre à l’autocensure et faire le lit de tous les extrémismes. C’est faire injure à la mémoire de ceux qui n’avaient que leur humour pour dénoncer le fanatisme religieux que de se joindre à la meute des donneurs de leçons et des internautes haineux. Je n’irai pas cracher sur leurs tombes.

 

Auteur :Denis Mazeaud


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