Actualité > Focus sur...
Focus sur...

Étienne Nédellec et Lilian Larribère
À propos d’En Chair(e)
En Chair(e) est un projet audiovisuel qui présente des témoignages de juristes universitaires de tout horizon. Plutôt qu’une série d’entretiens, elle est conçue comme une série de narrations et d’autobiographies. Lilian Larribère, Professeur de droit privé à l'Université Paris Nanterre et Etienne Nédellec, maître de conférences en droit privé à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, nous font le grand plaisir de répondre à nos questions sur ce beau projet.
Comment est né votre projet audiovisuel ?
Ce projet audiovisuel est né d’un manque. Nous aurions aimé, pendant nos études et nos doctorats, pouvoir mettre des visages sur les auteurs que nous lisions. Nous aurions aussi aimé pouvoir comprendre d’une manière plus contextuelle la rédaction de certains textes juridiques (thèses, articles de doctrine, etc.) importants, c’est-à-dire les replacer dans un moment historique déterminé pour en saisir toute la portée.
Il est également né du constat que si, dans d’autres disciplines, il est assez fréquent que les universitaires parlent d’eux-mêmes et de leur carrière, en droit, une telle démarche est très peu présente.
De plus, nous pensions que le médium spécifique qu’est la vidéo était trop peu utilisé en droit. Ici, nous avons été très influencés par la chaîne YouTube « Les Possédés et leurs mondes » créée par Frédéric Laugrand qui, sans vulgariser, donne accès à des pensées et des auteurs (en l'occurrence des anthropologues) d’une manière très vive et très « incarnée ».
C’est ainsi que nous sommes arrivés à l’idée d’incarner, grâce à la vidéo, la pensée juridique contemporaine et son histoire récente.
Quels en sont les objectifs ?
L’objectif pédagogique est de donner accès à des juristes et à des œuvres importantes dans l’histoire très contemporaine du droit. Un de nos objectifs serait atteint si, sur un point ou sur un autre, les liens vers les vidéos étaient inclus dans les fiches de TD, afin de donner corps (et visage…) à une doctrine juridique parfois trop abstraite pour de jeunes juristes.
L’objectif scientifique, lui, est clair : le projet vise à donner une place nouvelle à la réflexivité des juristes ou, à tout le moins, à faire comprendre l’importance du contexte dans la construction des œuvres et idées qui composent ce qu’on appelle, peut-être trop vaguement, « la pensée juridique ». Il s’agit de mettre en récit, par une histoire orale face caméra, la manière dont les carrières de juristes se construisent. Nous essayons de mettre en lumière la contingence dans le choix des sujets de recherche, ainsi que l’influence que peuvent avoir les relations personnelles et institutionnelles dans l’émergence des idées. Nous pensons qu’une telle approche peut enrichir la lecture des textes juridiques, dont l’abstraction masque bien souvent leur inscription sociale et historique.
Qui sont les universitaires interviewés jusqu’à présent ?
De manière générale, nous cherchons, d’abord, des juristes ayant derrière eux une œuvre qui, pour n’être pas nécessairement terminée, est déjà suffisamment conséquente pour permettre ce retour réflexif. Nous essayons, ensuite, de diversifier les parcours académiques (Université, française ou étrangère, CNRS, EHESS, etc.), tout autant que les spécialités. Enfin, nous n’avons guère le temps de tourner plus que trois entretiens par semestre.
Depuis un an, nous avons interviewé, dans l’ordre : Paul Lagarde, Pierre Mayer, Évelyne Serverin, Marie-Angèle Hermitte, François Ost, Michel Troper, Danièle Lochak, Pascal Ancel et Christine Lazerges. Les profils sont donc variés : nous avons tant des enseignants-chercheurs de l’Université, que des chercheuses du CNRS (Évelyne Serverin et Marie-Angèle Hermitte, également directrice d’études honoraire à l’EHESS), et les disciplines couvertes sont très différentes (du droit international privé jusqu’à la philosophie et la théorie du droit en passant par le droit des obligations, le droit pénal, le droit administratif, le droit des étrangers ou encore le droit du risque et de la bioéthique) ! Nous souhaitons que les étudiants comprennent la variété des profils, des disciplines, et des matières qu’incarnent ces universitaires. La richesse de l’Université est aussi dans cette diversité.
Pour le prochain semestre nous continuerons à varier avec un civiliste ayant couvert toutes les sous-branches du droit civil, un travailliste ayant fait le choix, après sa carrière à l’Université, de rejoindre une profession peut-être méconnue de beaucoup d’étudiants et une pénaliste qui a également été juge internationale (il n’est peut-être pas très difficile de les identifier dès à présent !).
Quel bilan faites-vous après bientôt 1 an de vie de cette série ?
Nous sommes très heureux des nombreux retours que nous avons eus. Nous ne nous attendions pas à ce que ces vidéos suscitent autant d’intérêt ! Nous en sommes ravis, en particulier pour les universitaires qui ont accepté de se prêter à ce jeu qui est parfois intimidant ou déroutant tellement il n’est pas dans notre « tradition ».
Nous espérons pouvoir continuer encore longtemps ce projet qui nous tient beaucoup à cœur.
Le questionnaire de Désiré Dalloz
Quel est votre meilleur souvenir d’étudiant ?
E. N. : C’est un souvenir qui ne représente pas les nombreuses joies collectives que procure la vie universitaire, puisque c’est un souvenir solitaire, mais il s’agit de la découverte des travaux d’Henri Motulsky à la Bibliothèque universitaire. Ce fut vraiment une révélation, comme l’émergence d’un monde nouveau, d’une nouvelle manière de faire du droit.
L. L. : Le cours de Sylvain Bollée en droit international privé à Paris 1. Sylvain Bollée sera ensuite mon directeur de thèse, et le droit international privé l’une de mes spécialités. J’avais l’impression de découvrir une matière qui correspondait à mon goût, une matière assez proche des mathématiques et dont le raisonnement purement abstrait m’impressionnait beaucoup.
Quels sont votre héros et votre héroïne de fiction préférés ?
E. N. : Gaston Lagaffe, le personnage de Franquin, qui n’est d’ailleurs peut-être pas très « héroïque » au premier abord. Dernièrement, et dans un tout autre registre, j’ai également beaucoup apprécié le personnage d’Arya Stark.
L. L. : Hercule Poirot, ce qui fait écho à ma réponse précédente. Il aime également le raisonnement abstrait, à tel point qu’il arrive à résoudre une énigme (« La disparition de M. Davenheim », dans le recueil Allô, Hercule Poirot) sans même quitter son fauteuil. Sous des aspects très vaniteux, et une vie parfaitement réglée et ordonnée, Agatha Christie le ridiculise bien souvent, tout en créant un personnage très attachant et d’une très grande fidélité en amitié.
Quant aux héroïnes de fiction, j’ai été très marqué par le film Thelma & Louise.
Quel est votre droit de l’homme préféré ?
E. N. : C’est sans doute une déformation de processualiste, mais je dirais le droit au procès équitable et plus spécifiquement le droit d’accéder aux tribunaux. Comme l’a très bien mis en évidence la CEDH dans l’arrêt Golder de 1975, les idéaux du « plus jamais ça » de l’après Seconde Guerre mondiale reposent sur la prééminence du droit et le procès est l’un des piliers de cette prééminence.
L. L. : Avec le principe de non-discrimination, le droit à l’éducation, qui est la condition de l’émancipation.
Autres Focus sur...
-
[ 2 avril 2026 ]
Guerres et Justice internationale
-
[ 26 mars 2026 ]
La confusion des peines
-
[ 19 mars 2026 ]
L’enseignement supérieur au prisme des contentieux
-
[ 12 mars 2026 ]
Savoir utiliser l’IA dans ses études juridiques
-
[ 12 mars 2026 ]
Savoir utiliser l’IA dans ses études juridiques
- >> Tous les Focus sur ...



