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[ 8 décembre 2022 ] Imprimer

Cher Désiré Dalloz

J’aime l’appeler DD de manière irrespectueuse. Comme beaucoup, il m’a accompagné quand j’étais étudiante et aujourd’hui je travaille avec lui. Passionné de droit, il a eu une vie exceptionnelle que raconte Thibault de Ravel d’Esclapon, maître de conférences à l’Université de Strasbourg, dans son livre nommé Désiré Dalloz.

D'où vient Désiré ?

Désiré Dalloz vient d'une région splendide, les montagnes du Haut-Jura, où il naît en 1795, et plus précisément d'un petit village des hauteurs, Septmoncel. C'est réellement un village des hauteurs. Septmoncel se gagne. Pour y parvenir, il faut emprunter une route en lacets, à laquelle Désiré ne sera pas étranger plus tard, quand il sera député sous la monarchie de Juillet. Il est d'une famille très représentative de son origine. Son père, un temps maire du village, est négociant lapidaire ; la taille des pierres précieuses est la spécialité de la commune. Son oncle paternel est horloger, l'une des spécialités de la région. Désiré est un homme du Jura, un homme de son village. Et il y restera fidèle toute sa vie.

Quelles ont été les différentes activités professionnelles de Désiré Dalloz ?

D'abord, il y a ce qui constitue, à compter de 1814, le principe de sa vie, l'œuvre à laquelle il est entièrement dévoué : l'édition juridique, notamment avec le Journal des Audiences, puis, après, avec la Jurisprudence Générale du Royaume. Éditeur rime d'ailleurs avec auteur chez Dalloz. Lui aussi écrit inlassablement dans cette œuvre monumentale. Mais, et c'est que j'ai voulu exposer dans cette biographie, Désiré a aussi été un avocat fort occupé, plaidant dans des affaires variées et de renom. L'époque est celle des conspirations ; la Restauration a du mal à s'imposer. Dalloz est dans ces procès. Puis, il devient un avocat aux Conseils prospère et fortuné. Enfin, Désiré a été parlementaire sous la monarchie de Juillet, représentant la circonscription de Saint-Claude. Ses mandats n'ont pas été anodins pour lui. Il s'est investi ; ses origines jurassiennes lui sont chères. Toutes ces étapes ont été très importantes pour le parcours professionnel de Désiré. Elles ont nourri ses talents d'éditeur et sont la sève de la Jurisprudence Générale.

Quelle rencontre marque sa vie professionnelle ?

Incontestablement celle de Loiseau. C'est un avocat aux Conseils parisien chez qui Désiré a été formé alors qu'il était étudiant en droit. Les deux hommes ont été très liés professionnellement, ils ont continué de travailler ensemble quand Dalloz était avocat à la Cour. Et des liens quasi filiaux se sont créés. Dalloz était dévasté lors du décès brusque de son maître. D'ailleurs, il reste très proche de son fils et continuera de s'en occuper par la suite. Loiseau est un modèle, une figure, une sorte de Dalloz par anticipation, mais selon un modèle que Désiré amplifiera dans des proportions impressionnantes. Loiseau écrivait lui-même beaucoup ; il compilait des arrêts et s'adonnait à la « science » des dictionnaires. En bref, il y a beaucoup de Loiseau chez Désiré. C'est une influence incontestable. Cela étant, il ne faut oublier son épouse Caroline Peyre, sa chère « Clary », comme il la nomme. Elle est la petite-fille du Grand Panckoucke, qui est en partie à l'origine de l'aventure de l'Encyclopédie. Leur mariage lui ouvre tout un monde auquel il n'aurait pas eu accès.

Que révèle l'histoire de Dalloz de son époque ?

Tant de choses ! C'est précisément cela qui est fascinant avec la vie de Désiré tant elle a eu de nombreuses facettes. Se plonger dans la vie de Dalloz, c'est arpenter les couloirs du Palais de Justice de l'époque, une fourmilière impressionnante. C'est entrer dans l'atmosphère plus feutrée des chambres de la Cour de cassation, sous les belles dorures de ces salles centenaires. C'est pénétrer dans le cabinet d'un avocat aux conseils. C'est un passionnant regard sur le monde juridique et judiciaire. Mais, retracer la vie de Désiré revient aussi à étudier le monde politique, à assister à la valse des cabinets sous la monarchie de Juillet, à comprendre comment s'exerçait un mandat de député. Et enfin, c'est surtout fréquenter ce monde fascinant de l'édition juridique tout autant que de la presse généraliste. Son épouse était en partie propriétaire du Moniteur. Sans compter que Dalloz investissait beaucoup dans Paris, participait lui-même, et avec son gendre, à la transformation foncière de la capitale. En bref, la vie de Désiré, c'est un parfait condensé de Paris, au XIXe siècle, dans cette première partie du XIXe siècle, où tout se transforme, en droit comme ailleurs.

Le questionnaire de Désiré Dalloz

Quel est votre meilleur souvenir d'étudiant ?

Celui dont je ne suis plus si sûr. Je crois avoir rencontré Honoré de Balzac quand j'étais étudiant en droit à Paris ! J'y étais inscrit entre 1815 et 1817. Balzac a pris sa première inscription en 1816. J'ai le vague souvenir d'un homme qui lui correspond bien, une personnalité impressionnante et truculente. Depuis, je ne l'ai plus revu. Mais je l'ai beaucoup lu. Ses romans sont précieux pour nous les juristes.

Quels sont votre héros et votre héroïne de fiction préférés ?

Justement, j'ai un faible pour César Birotteau, et son épouse. Je me suis investi, au tout début de mon mandat de parlementaire dans la réforme du droit des faillites et j'ai bien sûr lu le roman de Balzac. César a un sens de la justice et du droit qui me fascine. Ce qui finit par lui coûter beaucoup, dans tous les sens du terme.

Quel est votre droit de l'homme préféré ?

Le droit de se défendre, dans tous ses prolongements. Dans plusieurs affaires, j'ai eu l'occasion de plaider en sa faveur, sous plusieurs de ses facettes. Je repense à l'un de mes premiers dossiers, celui de ce malheureux Gauffre qui ne comprenait pas grand-chose à ce qui lui arrivait. Mais aussi à Pierre Ibert qui avait été condamné à mort pour crime d'incendie. L'affaire avait tout d'une erreur judiciaire, compte tenu des remous que cela avait provoqué dans sa région. La liste des jurés était erronée et Ibert n'avait pas pu correctement récuser. Je l'ai dit à l'époque devant la Cour de cassation : « la défense est un droit que la loi garantit inviolable à tout citoyen » et « le droit de récusation est assurément le premier et le plus essentiel attribut de la défense ».

 

Auteur :Marina Brillé-Champaux


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