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Face à l’information
Un exposé à présenter en travaux dirigés ? Un devoir à rendre à son enseignant.e ? Une discussion soutenue avec ses parents ou entre ami.es ? Comment s’assurer de l’intégrité de son information ? Comment font les journalistes ? Bénédicte Mathieu, ancienne journaliste Le Monde et ancienne formatrice CFPJ, autrice de livres jeunesse et de romans (Actes Sud Junior, Éditions Reines de cœur) nous éclaire sur les différentes sources d’information et leur usage. Petite méthodologie du traitement de l’information dans un monde qui nous en offre beaucoup.
Quels sont les différents types de sources d’information ?
Tout d’abord, il y a les sources qui relaient l’information :
– les agences de presse comme l’Agence France Presse ou Reuters (Grande-Bretagne) ;
– un communiqué de presse, une conférence de presse, un discours officiel de la part d’institutions politiques, police, syndicats, institution, sociétés, associations, etc. ;
– un scoop, c’est-à-dire une information révélée par le journaliste lui-même au terme d’une enquête, par exemple ;
– un témoin direct d’un fait divers ;
– les réseaux sociaux.
Pour illustrer cette information, l’humaniser, la vérifier, l’étayer, la faire comprendre, le ou la journaliste va faire appel à des sources vives. C’est son réseau qui est élargi, renouvelé pour mieux permettre de décrypter l’information.
Par exemple, pour comprendre les méga-feux qui ont ravagé des forêts françaises cet été, il est nécessaire de faire appel à des experts pour permettre d’éclairer comment cela peut arriver, comment l’éviter, existe-t-il une pénurie de moyens ? Et bien d’autres sujets.
Les sources vives, c’est aussi les personnes qui vont humaniser le sujet, le rendre réel. Ce sont des habitants sinistrés, des pompiers au feu, des bénévoles…
Dans le cadre d’une enquête plus éloignée de l’actualité, ici encore, il faut faire appel à des sources qui peuvent révéler une information, en confirmer une autre.
Les sources doivent être citées (cela renforce leur crédibilité et votre article). Il arrive parfois qu'il faille se tourner vers des sources anonymes mais ce doit être une exception. Sauf en cas de secret des sources qui est en France, une règle d’or. Il faut prendre soin de ne pas s’adresser à des « toutologues » comme on les appelle dans le jargon qui peuvent parler sur tout et n’importe quoi !
À ces sources vives, il faut ajouter les sources froides ou sources documentaires. Pour préparer son sujet, il est nécessaire de se documenter en consultant, par exemple, les rapports de commissions, d’institutions, des enquêtes parlementaires, syndicales, les statistiques comme celles de l’INSEE (les chiffres peuvent dire ou étayer beaucoup de choses) ou encore des articles spécialisés de vrais… spécialistes.
Comment s’assurer de leur fiabilité ?
Entre la propagation, parfois organisée, des fake news et le développement exponentiel de l’intelligence artificielle qui est un accélérateur de combustion de celles-ci avec des fausses photos, par exemple, c’est vrai qu’on est dans un moment très délicat pour l’information.
On ne peut pas douter de tout mais il y a des habitudes à prendre ou à retrouver. Et penser à prendre le temps de vérifier ! L’information mérite qu’on prenne quelques minutes, voire plus !
Il faut s’appuyer sur les sources évoquées plus haut. Si l’info vient de l’Agence France Presse, par exemple, ou d’un grand média, il y a de fortes chances qu’elle soit sûre. Après, les erreurs arrivent, mais c’est vraiment très rare et croyez-moi, tout journaliste se souvient d’une bourde qu’il a écrite. J’étais au service économique-médias quand Le Monde a annoncé la prochaine privatisation de France 2 !
Proscrivez absolument le « on a dit, quelqu’un a dit », surtout si l’information par d’un compte X, Insta ou autre d’un parfait inconnu qui a… 11 abonnés. Évitez aussi de rapporter une information qui vient d’un copain dont un ami a entendu la nouvelle dans une conversation à côté de lui.
En cas de doute sérieux, le journaliste va « croiser » l’information. C’est-à-dire qu’il va appeler ses sources à lui, son réseau.
Plus des sources crédibles (Agences de presse, votre réseau, etc.) confirment l’information, plus celle-ci peut être considérée comme vraie.
Pour débusquer les fake news, un site indispensable : l’AFP Factuel de l’Agence France Presse qui vérifie de nombreuses infos bidons sur le Net. Il y a aussi Fake off (j’adore le titre !) de 20 Minutes
Le Monde, Libération ou Radio France (avec France Info) ont également des services dédiés, « Les Décodeurs », « Le Check News », « Le Vrai du faux ». Ils débusquent aussi si des informations données par des politiques sont vraies ou fausses. Par exemple, le 28 juillet 2026, sur le site des Décodeurs du Monde : « Lutte contre les incendies : que valent les accusations des différents partis sur le manque de moyens ? ».
Et puis pour le droit, il existe des sites de legal checking, notamment Les Surligneurs.
Comment les articuler entre elles ?
Les sources doivent être variées. Si vous travaillez sur une réforme gouvernementale, pensez à diversifier vos sources et par exemple, à ne pas vous adresser à trois membres du gouvernement. Ça paraît évident, mais c’est mieux de l’écrire !
Quels conseils essentiels pouvez-vous donner aux étudiant.es pour leur restitution ?
Même si vous enregistrez avec votre téléphone, prenez quelques notes, cela vous fera gagner beaucoup de temps au lieu de décrypter tout l’entretien. Les notes vous permettent de noter une phrase qui vous a marqué, une punchline !
Un point très important dans le soin que vous allez apporter à soigner votre réseau : la courtoisie. Cela peut sembler évident mais vaut mieux le rappeler. Dans l’urgence, il arrive d’oublier l’évidence. Prévenir, par exemple, quand l’article est publié ou en ligne. Prévenir, aussi, si vous n’avez finalement pas « utilisé » les mots de votre interlocuteur, et le remercier pour son temps.
Le questionnaire de Désiré Dalloz
Quel est votre meilleur souvenir d’étudiante ?
Ouh là ! Un seul ! Avant le Centre de formation des journalistes, j’ai fait une licence d’histoire à la Sorbonne et j’ai suivi, pour le plaisir, des cours en licence d’italien à Paris-3. Il y avait ce cours génial sur Mozart et l’opéra italien. Quand tu vas en classe pour écouter de l’opéra tout en apprenant la langue italienne. J’ai énormément progressé en italien cette année-là !
Et un autre de mon école de journalisme. L’émotion extraordinaire des journaux-école de presse écrite, radio. Où tu commences à prendre conscience de l’adrénaline de l’immédiateté, du direct. Et tu comprends qu’il te faudra aussi garder la tête froide pour bien relayer l’information, non pas de façon froide, mais humaine, chaleureuse, honnête. Ce qui sera le cœur de ton métier. J’avais 22 ans et je me souviens de sentiments très forts. Qui sont, je l’espère le plus souvent, restés ancrés.
Quels sont votre héros et votre héroïne de fiction préférés ?
Bérénice, dans Bérénice de Racine pour son courage. Parce qu’elle dit à l’homme qu’elle aime qui lui préfère le pouvoir, d’aller se faire cuire un œuf. C’est badass, quand même !
Sinon, je serais aussi très tentée de répondre : les héroïnes de mes romans !
Quel est votre droit de l’homme préféré ?
Je préfère droits humains et c’est l’article premier de la Déclaration de l’ONU de 1948 : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.
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