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[ 25 janvier 2018 ] Imprimer

La Clinique Juridique de Paris

Une clinique juridique avec un double objectif social et philosophique ? Ça nous intéresse ! La présidente de La clinique juridique de Paris, association loi 1901, Elizaveta Choy, étudiante russe-coréenne à l’Institut d’études judiciaires de Paris I, a bien voulu répondre à nos questions. 

Quel est l’objet de l’association La clinique juridique de Paris ?

Les étudiants rejoignent et participent à la vie de notre Clinique juridique, association traduisant sur le sol français la tradition anglo-saxonne des law clinics, pour deux raisons.

D’une part, ils souhaitent avoir la possibilité, à côté des amphithéâtres et des travaux dirigés, de pratiquer le droit qu’ils apprennent tout au long de leurs études. C’est notre objet premier. La Clinique Juridique de Paris leur permet de résoudre des « cas cliniques », c’est-à-dire de répondre à la demande d’un requérant en analysant les faits d’une situation réelle pour ensuite les qualifier juridiquement, et enfin transmettre l’analyse juridique au requérant.

D’autre part, et c’est l’objet second de notre association, nous souhaitons à notre manière promouvoir l’accès au droit gratuitement et pour tous. En effet en tant qu’étudiants, de la L3 au Master, nous avons acquis au cours de nos études une connaissance du droit et surtout une méthodologie juridique qui s’avère très utile au requérant, qu’il soit demandeur d’asile, salarié accidenté au travail ou encore jeune entrepreneur. Deux visions de l’accès au droit sont motrices de notre action : la première est sociale, répondant aux besoins des requérants vulnérables, la seconde est philosophique, correspondant à la promotion de l’appropriation du droit par chacun.

Comment fonctionne-t-elle ?

Nous traitons des cas concrets qui nous sont soumis par des personnes physiques ou morales. Nous travaillons également sur la vulgarisation du droit via notamment des conférences ouvertes au grand public. Nous essayons d’offrir la meilleure professionnalisation à nos adhérents en leur proposant des ateliers thématiques ou encore en organisant des visites guidées des institutions juridiques. Nous optons finalement pour l’accompagnement complet de nos requérants en développant des partenariats avec le milieu associatif de l’Île-de-France pour pouvoir orienter un étranger vers une association qui propose des cours de langue ou un sans-abri vers une structure permettant de se loger.

En ce qui concerne le traitement des cas, les requérants peuvent solliciter notre aide par deux moyens.

Le premier consiste à nous solliciter directement via notre site internet (cliniquejuridiquedeparis.com). Un superviseur, c’est-à-dire un adhérent doté d’une expérience clinicienne, va prendre en charge le cas et former une équipe de trois ou quatre cliniciens, qui vont résoudre ce cas clinique, le soumettre à la correction d’un encadrant-professionnel du droit et le délivrer oralement au requérant (60 dossiers en 2015, 90 en 2016, 40 depuis le début de cette année universitaire, sans compter des cas résolus en un seul rendez-vous).

Le second consiste à nous solliciter indirectement via nos partenaires. Il peut notamment s’agir d’une inscription à la permanence juridique d’un d’entre eux : nous sommes par exemple présents à la Maison des Droits de la Mairie du 5e arrondissement de Paris, dans les locaux de France Terre d’Asile ou encore dans plusieurs locaux syndicalistes.

Quelles sont les disciplines traitées ?

En tant que Clinique généraliste, nous traitons tous les domaines qui s’apprêtent à l’accès au droit. Néanmoins, nous avons également plusieurs pôles spécialisés, notamment le Pôle du droit des étrangers et d’asile que je dirige, le Pôle du droit social, le Pôle de la famille, le Pôle du droit des affaires, le Pôle du droit pénal, etc.

Quelles sont les frontières entre les réponses apportées par les étudiants et la consultation juridique professionnelle ?

L’aide à l’accès au droit est définie par la loi n  91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, modifiée par la loi n  98-1163 du 18 décembre 1998. Nous pouvons délivrer une information sur les droits, orienter vers des structures compétentes, assister des personnes dans leurs démarches administratives ou juridiques dans le rôle de l’écrivain public. Nous ne pouvons pas faire du conseil juridique.

Si je peux employer ici une métaphore empruntée à Maître Pitcho, nous ne donnons au requérant qu’une photographie juridique de son problème parfois suivie du « secrétariat » de ses écrits. Cependant, au contraire de la photographie de qualité médiocre qu’est la simple recherche internet, nous fournissons au requérant une analyse complète et précise, pour laquelle nous avons fait un véritable travail de recherche et d’application de nos connaissances.

Le questionnaire de Désiré Dalloz

Quel est votre meilleur souvenir d’étudiant ? Ou le pire ?

Le 17 septembre 2012, ma première journée à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, reste un souvenir inoubliable parce que j’ai eu une chance de commencer ma vie universitaire par un cour magistral du droit constitutionnel du professeur Dominique Rousseau. Tous les étudiants en droit qui l’ont eu partagent certainement le même sentiment d’inspiration que j’ai vécu.

Le pire souvenir, alors que franchement il n’y avait rien de tragique, est le jour du rendu de mon premier dossier de « recherches » en systèmes politiques comparés, mon cour préféré de la L2, sur le sujet des critères de l’efficacité d’un parti non gouvernemental. J’ai travaillé avec une passion folle pendant plusieurs semaines pour préparer ma partie du travail et au final je me suis retrouvée face à des « OK » à côté de chaque paragraphe sans aucune autre annotation. La note était plus que correcte, mais je me suis sentie impuissante face à l’impossibilité d’approfondir la pertinence de chaque idée mise en avant ou encore de la forme utilisée pour les présenter. Je me souviens que je suis rentrée chez moi épuisée. Comme quoi le ressenti d’un problème n’a des fois qu’un rapport approximatif avec sa gravité objective.

Quel est votre héros de fiction préféré ?

J’aime bien des personnages clivants. Par exemple Eli de Laisse-moi entrer de Lindvist ou encore Marguerite de Maître et Marguerite de Boulgakov.

Quel est votre droit de l’homme préféré ?

Le droit à la différence ou encore la liberté de circulation, des droits humains qu’on ne trouve malheureusement pas encore dans le droit positif.

 

Auteur :M. B. C.

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