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[ 17 février 2012 ] Imprimer

L’assistant parlementaire

S'orienter, étudier, passer des concours, suivre des stages, découvrir un métier, décrocher un contrat… Autant d'étapes importantes qui soulèvent, pour chaque étudiant, un foisonnement de questions. Afin de démêler les réalités des idées reçues, Dalloz Actu Étudiant a décidé de décrypter tous les mois les spécificités d'un métier du droit à partir du témoignage d'un professionnel.

Si dans le cadre professionnel, le droit s'associe souvent à d'autres domaines comme la psychologie, l'économie ou l'histoire de l'art, la politique ne pouvait constituer une exception. Le métier d'assistant parlementaire en est la preuve, puisqu'il nécessite des connaissances techniques et un maniement des outils juridiques pour l'exercice des prérogatives législatives. Samuel Le Goff, attaché parlementaire de Lionel Tardy, député de Haute-Savoie, a apporté à Dalloz Actu Étudiant quelques pistes de réflexion.

 

Quel est votre parcours professionnel ?

J'ai fait mes études à l'IEP de Rennes et j'ai poursuivi en histoire. Ensuite j'ai donné des cours à l'université mais l'enseignement n'était pas ma vocation. J'ai donc profité des élections législatives de 2002 pour intégrer une équipe parlementaire en circonscription. Je connaissais le milieu politique, j'avais quelques contacts, des diplômes et surtout j'étais disponible. Cela s'est joué en une semaine. En 2005 j'ai voulu changer de ville. Je suis allé à Paris pour suivre deux députés, chacun à mi-temps. Et en 2007, j'ai profité du renouvellement pour trouver un autre parlementaire. Dans ce métier, il faut que ça tourne. C'est important pour eux comme pour nous.

Qu'est-ce qui vous plaît exactement dans ce « travail dans l'ombre », comme vous l'évoquez ?

Il y a des assistants parlementaires heureux ! Lorsqu'on aime comme moi le travail de fond, Lionel Tardy est le député idéal. Moins, en revanche, si vous avez de l'ambition politique. Il est très impliqué et pense toujours à l'impact de la loi. Il veut que la décision prise soit éclairée, qu'il y ait au moins un débat pour éviter les erreurs. Pour moi c'est passionnant même si cela demande un gros travail de veille. Quand vous savez que vos amendements seront défendus, vous vous investissez. Je l'ai amené par exemple sur certains sujets comme la laïcité. J'ai aussi beaucoup travaillé sur le numérique, avec des lois parfois techniques. Et aujourd'hui je suis autant connu que lui dans ce domaine.

Selon vous, quelle est la différence entre travailler pour un député de la majorité, comme c'est votre cas, ou pour un député de l'opposition ?

Lorsque vous êtes du côté de la majorité, vous participez vraiment à l'élaboration des lois. Vous êtes en contact régulier avec les cabinets ministériels qui vous donnent l'information. Dans l'opposition, vous n'y avez pas accès. Même chose, les amendements passent beaucoup plus facilement s'ils viennent de la majorité. Dans le cas contraire, c'est comme envoyer une balle contre un mur. Pour un assistant parlementaire c'est lassant, et souvent les députés s'investissent moins. L'opposition c'est le ministère de la parole, quelle que soit sa couleur, UMP ou PS. Il n'est pas question de laisser le bénéfice d'un amendement à l'opposition, quitte à ce que la majorité reprenne exactement le même plus tard pour le voter. Ici tout est politique.

Quelles sont les relations entre un assistant parlementaire et son député ?

Le député est dans le même bureau ou celui d'à côté. En trois minutes il peut vous remplir votre journée de travail. Cela implique une grande proximité. On fait comme partie de la famille, on est au courant de tout. Parfois nous avons sa femme au téléphone quand elle n'arrive pas à le joindre. On peut gérer des choses très professionnelles et très personnelles. Nous sommes à la fois des remonteurs de moral, des putching ball ou des épaules pour pleurer. Ce sont de grands enfants qui détestent les contraintes matérielles et s'habituent très vite à être cocoonés. Alors il faut que ça colle, la perte de confiance est un motif légitime de licenciement. Personnes timides et fragiles s'abstenir.

N'êtes-vous pas tenté de passer de l'autre côté du miroir ?

Certaines personnes deviennent assistants parlementaires pour entrer en politique car vous bénéficiez d'un carnet d'adresse, d'une notoriété. La gauche notamment a fait du métier une pépinière de futurs élus. C'est dans la culture du parti socialiste de faire monter des militants. En ce qui me concerne, je préfère être derrière à traiter le fond des dossiers, à faire de la veille et à réfléchir sur les textes. L'élu à des contraintes de représentation sur le terrain qui l'empêchent de faire beaucoup de choses. La politique est un métier où vous pouvez vite vous faire aspirer. Il faut la santé. Vous vous levez très tôt pour prendre l'avion, vous croulez sous les invitations, il y a les questions au gouvernement. Vous ne vous arrêtez jamais. Cela peut être violent.

Comment abordez-vous les prochaines élections présidentielles et législatives ?

Pour l'instant nous sommes sur un rythme de folie. Je vais un peu souffler physiquement pendant deux mois. Je vais ranger, trier, jeter car je ne peux pas recommencer le mandat avec les armoires pleines. Et une fois que l'élection présidentielle sera acquise, je vais devoir être aux aguets pour les législatives. Nous savons déjà quels sujets vont arriver, comme la politique budgétaire. Au fil de la campagne, je repère les grandes thématiques sur lesquelles il faudra intervenir. Par exemple, François Hollande a dit qu'il supprimerait le quotient familial s'il arrivait au pouvoir. Si Lionel Tardy est député d'opposition, ses « munitions » devront être prêtes. Préparer la rentrée parlementaire consiste aussi, quelque part, à faire campagne pour la distribution des postes qui vont se libérer dans les groupes d'amitiés et les commissions. Car ensuite tout sera figé pour cinq ans.

Questionnaire de Désiré Dalloz

Quel est votre meilleur ou pire souvenir d'étudiant ?

Mon meilleur souvenir ce sont les soirées étudiantes. C'était très drôle de retrouver nos enseignants hors contexte, draguant parfois un verre à la main. C'est la descente du statut de commandeur mais ça les humanise aussi.

Mon pire souvenir a été de m'apercevoir que je devais passer un oral après la date prévue. Heureusement, j'ai pu le repasser in extremis.

Quel est votre personnage de fiction préféré ?

L'homme invisible. L'explication coule de source !

Quel est votre droit de l'homme préféré ?

La liberté d'expression car ce droit est un marqueur très fort du niveau de démocratie d'une société. C'est un peu comme une grenouille pour la météo. Et si la liberté d'expression est supprimée, c'est qu'il y a un vrai problème de droits de l'homme et de démocratie. C'est d'ailleurs par là qu'un régime commence, s'il veut supprimer les droits de l'homme.

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Carte d'identité de l'assistant parlementaire

« C'est un métier de passage », souligne Samuel Le Goff. De fait, peu d'assistants parlementaires le restent plus de cinq ans, le temps du mandat. Pour la plupart, c'est un tremplin vers une autre activité. D'ailleurs le contrat des assistants est entièrement lié à celui de leur député, si bien qu'en cas de démission ou de non-réélection de ce dernier, ou en cas de dissolution de l'Assemblée nationale, leur contrat est rompu. En revanche, si le député est réélu, le contrat est censé être maintenu.

■ Les données

Le 15 novembre 1975, le métier de « collaborateur de député » est créé à l'Assemblée nationale. Quant aux assistants de sénateurs, leur entrée intervient à la suite de l'arrêté du 29 juin 1976.

Le nombre d'assistants parlementaires est trop variable pour arrêter un chiffre précis. Mais les 577 députés peuvent engager entre 0 à 5 collaborateurs.

Le collaborateur de député Samuel Le Goff estime entre 25 et 30 ans l'âge moyen de la profession.

Quelques exemples d'anciens assistants parlementaires aujourd'hui connus : Benoist Apparu, François Fillon, Manuel Valls, Patrick Ollier, Marylise Lebranchu, Olivier Besancenot ou encore Éric Naulleau.

■ La formation et les conditions d'accès

Certains assistants parlementaires sont issus de grandes écoles mais ce n'est pas systématique car il n'existe aucune règle de recrutement, chaque député ou sénateur choisissant lui-même ses collaborateurs. Il peut les engager sur leurs seules compétences, ou les choisir parmi leur réseau : militant, ami, membre de la famille, etc.

■ Les domaines d'intervention

L'étendue des missions des collaborateurs dépend entièrement de la volonté du député qui peut décider de ne leur attribuer qu'un rôle d'intendant, ou au contraire, de les impliquer dans le processus d'élaboration des lois. Par ailleurs, les collaborateurs à Paris, souvent chargés du travail parlementaire, exercent des missions bien distinctes de celles des assistants parlementaires qui travaillent dans la circonscription du député. Ces derniers sont généralement responsables de l'animation du réseau militant, des relations avec la presse, de la gestion des aléas du terrain (manifestations, grèves, fermetures d'usine, évènements imprévus, etc.), de l'organisation des déplacements du député et de la gestion des problèmes que font valoir les particuliers.

■ Le salaire

Les députés disposent d'une enveloppe mensuelle qui s'élevait à 9 066 € au 1er janvier 2009, pour cinq salariés maximum, répartis comme bon leur semble. La seule règle est qu'un collaborateur ne peut toucher plus de 50 % du montant de l'enveloppe s'il est membre de la famille du député.

Le député peut très bien décider de ne pas utiliser son crédit collaborateur. Dans ce cas, il aura la possibilité de céder 50 % à son groupe à l'Assemblée nationale et d'utiliser la moitié restante en tant qu'indemnité représentative de frais de mandat.

■ Les qualités requises

Humilité, patience, rigueur, organisation, capacité à travailler dans l'urgence, sous la pression, et parfois dans le bruit, écoute, persévérance, anticipation, honnêteté, être de bonne composition, capacité à relativiser.

■ Les règles professionnelles

Confidentialité, secret professionnel, probité, éthique professionnelle, respect des règles imposées, interdiction de dépasser le cadre des missions confiées, etc.

■ Sites Internet

- Sur la profession d'assistant parlementaire : www.assemblee-nationale.fr/connaissance/assistants.asp

- Blog tenu par Samuel Le Goff : http://blogs.lexpress.fr/cuisines-assemblee/

Page Internet du député Lionel Tardy : www.lioneltardy.org

 

Auteur :A. C.

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