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[ 19 mars 2026 ] Imprimer

L’enseignement supérieur au prisme des contentieux

Quand 22 enseignants-chercheurs en droit, aussi bien publicistes que privatistes, se saisissent des cas juridiques de l’enseignement supérieur, il faut s’attendre à beaucoup de rigueur, de passion et à une mise en perspective stimulante. Les directeurs de l’ouvrage L’enseignement supérieur au prisme des contentieux (Dalloz, 2026), les Professeurs Anne Jacquemet-Gauché (Université Clermont Auvergne), Fabrice Melleray (École de droit de Sciences Po) et Christophe Testard (Université Jean-Moulin – Lyon-III), nous font, chers lecteurs étudiants, le plaisir et l’honneur de répondre aux questions sur les contentieux universitaires en général et sur les contentieux qui sont susceptibles de vous concerner en particulier.

Quels sont les différents contentieux liés à l’enseignement supérieur ?

Comme tout service public, porté par des institutions et acteurs nombreux et variés, l’enseignement supérieur est désormais un important pourvoyeur de contentieux. Tous les juges sont susceptibles d’en connaître : le juge administratif en est bien sûr le réceptacle le plus naturel, mais le Conseil constitutionnel, les Cours européennes et le juge judiciaire ne sont pas en reste. Nous avons fait le choix dans cet ouvrage de nous placer du point de vue des justiciables, dont les intérêts défendus peuvent se recouper, mais sont tout de même souvent différents : les établissements, qui portent devant le juge des contentieux tenant à leurs conditions de fonctionnement, d’exercice et leurs moyens ; les usagers, dont les litiges intéressent la délivrance de leurs diplômes, leurs garanties et obligations en tant qu’acteurs du service public ; et, enfin, les enseignants-chercheurs, attentifs aux conditions d’exercice de leur profession et en particulier aux garanties statutaires qui doivent la soutenir.

Que permet leur étude ensemble dans un seul ouvrage ?

Un tel projet transversal n’avait jamais été réalisé. Cette étude permet précisément de voir que l’enseignement supérieur est un service public qui vit dans un environnement social, économique, politique, historique et juridique, complexe et en profonde mutation. Il est l’objet de tensions fortes, qui interrogent la solidité même, et ainsi l’avenir, du modèle français : dans une compétition mondialisée et un contexte économique particulièrement contraint, quels rapports au principe d’égalité, au maintien d’une très large gratuité, à la préservation de la liberté académique, à l’excellence des formations proposées ? Quelles sont les incidences de la montée en puissance de l’enseignement supérieur privé, déjà spectaculaire et qui devrait encore davantage se faire sentir avec le retournement démographique qui s’annonce ? Face à de profonds désaccords sur les réponses apportées, les juges se trouvent les arbitres un peu malgré eux de ces tensions et tentent, avec leurs moyens, de faire prévaloir une certaine idée de ce que l’enseignement supérieur doit être. La vision d’ensemble proposée par cet ouvrage rassemble ainsi des pièces contentieuses éparses dont on pense qu’elle dessine l’image, à l’instant T., de l’enseignement supérieur.

Plus particulièrement, quels contentieux concernent nos lecteurs étudiants ?

Les étudiants peuvent être concernés directement ou indirectement par les contentieux. Indirectement et à titre collectif, par exemple, lorsqu’une université intente (à titre très exceptionnel) un recours pour conserver ses moyens financiers ou lorsque sont en cause l’authenticité des diplômes ou la qualité de la recherche. Dans de telles hypothèses, ce ne sont généralement pas les étudiants qui sont à l’origine du contentieux. Mais ils le sont directement et à titre individuel, par exemple lorsqu’ils attaquent un refus d’admission en Master, voire en doctorat, discutent une décision de redoublement ou encore contestent la sanction disciplinaire qui leur est infligée en cas de fraude. Les étudiants n’hésitent d’ailleurs plus à saisir le juge et certains avocats se spécialisent même sur ces questions, là où les recours étaient très rares autrefois.

Que révèle le contentieux concernant leurs droits dans ce cadre ?

Le contentieux, qui devrait encore croître dans les prochaines années, révèle que certains étudiants sont particulièrement soucieux de la préservation de leurs droits, dans un contexte de pénurie, de crispations et de concurrence. Les limites de la massification de l’accès à l’enseignement supérieur et de l’autonomie des établissements d’enseignement supérieur sans qu’ils aient les moyens matériels et humains idoines sont ici pleinement mises en lumière. Les juges ont par exemple eu à se prononcer sur le principe de gratuité dans l’enseignement supérieur public, sur les conditions d’octroi des bourses, sur la reconnaissance des diplômes des établissements privés. Parmi les grands droits et libertés qui ont fait l’objet d’une décision de justice, citons aussi notamment le droit à ne pas subir de harcèlement, la liberté d’opinion et d’expression des étudiants, ainsi que celle d’association.

Les étudiants ont-ils aussi des devoirs vis-à-vis de leur établissement universitaire ?

Un statut ne saurait contenir que des droits. Les devoirs des étudiants sont le plus souvent énumérés dans les règlements d’études de chaque établissement d’enseignement supérieur (qui ne sont que rarement lus par les principaux intéressés…). Ils peuvent aussi être déduits des diverses sanctions qui sont infligées aux étudiants (et qui, elles aussi, sont de plus en plus contestées devant les juridictions, en particulier devant les tribunaux administratifs) : devoir de ne pas frauder aux examens, de ne pas harceler, mais aussi celui de ne pas plagier d’autres travaux de recherche dans le cadre du doctorat. La sanction de tous ces comportements répréhensibles fait l’objet d’une procédure de plus en plus encadrée, qui témoigne d’un souci de garantir les droits procéduraux des étudiants tout en permettant aux établissements de procéder à une répression la plus efficace possible quand cela est nécessaire.

Le questionnaire de Désiré Dalloz

Quel est votre meilleur souvenir d’étudiant ?

Les liens entre camarades de promotion, sur les bancs inconfortables des amphithéâtres et bien au-delà. Et bien sûr les cours de quelques « maîtres » dont on se souvient quand on a tout oublié de la matière.

Quels sont votre héros et votre héroïne de fiction préférés ?

Il y en aurait tellement. Tout amateur de droit administratif devrait lire les Rougon-Macquart, d’Emile Zola, qui constitue une magnifique introduction à notre matière préférée.

Quel est votre droit de l’homme préféré ?

Les libertés universitaires, évidemment ! Celles de femmes et d’hommes libres à qui sont confiés d’autres femmes et hommes libres, pour paraphraser Georges Vedel. Une vocation plus qu’un métier.

 

Auteur :MBC


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