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Nos représentants, les sénateurs
Le dimanche 27 septembre 2026 se sont tenues les élections sénatoriales, qui permettent de renouveler la moitié du corps de 348 sénateurs, en poste depuis 3 ans (les dernières élections ayant eu lieu en 2023). L’élection au scrutin universel indirect concerne seulement une partie des circonscriptions françaises (64 cette année) et non l’entièreté du territoire, puisque tous les représentants ne sont pas renouvelés. Ces élections sont cruciales pour assurer la représentativité du Sénat. Nous interrogeons Jean de Saint Sernin, maître de conférences à l’Université Paris Nanterre.
Comment sont élus les sénateurs ? Pourquoi ?
Sous la Ve République, les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect, c’est-à-dire par un collège composé de 170 000 électeurs, environ. La circonscription pour les élections sénatoriales est le département. Dans chaque département, sont électeurs : les députés et les sénateurs, les conseillers régionaux, les conseillers généraux et les délégués des conseils municipaux. Les délégués des communes représentent 95 % du collège électoral. Le nombre de délégués municipaux varie selon la taille de la commune : celles de moins de 9 000 habitants élisent entre 1 et 15 délégués, et au-delà de 9 000 habitants, tous les conseillers municipaux sont délégués de droit. Les communes de plus de 30 000 habitants élisent des délégués supplémentaires en dehors du conseil municipal (un par tranche de 800 habitants). Ces personnes sont appelées « grands électeurs » et elles ont l’obligation de voter. En conséquence, l’abstention est quasi-nulle aux élections sénatoriales.
Au Sénat, il existe deux modes de scrutin. Dans les départements qui élisent un ou deux sénateurs, le scrutin majoritaire à deux tours s’applique. En revanche, dans les départements qui élisent plus de deux sénateurs, alors le scrutin proportionnel à un tour est applicable. Les « grands électeurs » votent pour une liste entière, composée alternativement d'un candidat de chaque sexe, et les sièges sont répartis proportionnellement aux voix obtenues. Les sénateurs sont élus pour un mandat de six ans. Cette durée correspond à celle du mandat des assemblées des collectivités territoriales (commune, département, région). Tous les trois ans, la moitié du Sénat est renouvelée. Pour se présenter aux élections sénatoriales, il faut être âgé d’au moins vingt-quatre ans.
Contrairement à l’Assemblée nationale, les sénateurs ne sont pas élus directement par les citoyens. La raison est la suivante : les sénateurs représentent les collectivités territoriales de la République (Const. 1958, art. 24). En conséquence, les sénateurs doivent être élus par des représentants issus des collectivités territoriales. Il s’agit d’un héritage de la IIIe République où le Sénat était appelé « grand conseil des communes de France » (Gambetta).
Pourquoi seule la moitié des sénateurs est réélue au bout de 3 ans ? Pourquoi l’Assemblée nationale peut-elle, à l’inverse, être renouvelée entièrement ?
Effectivement, depuis 2011, le renouvellement du Sénat se fait par moitié, tous les trois ans. Entre 1958 et 2011, le renouvellement se faisait par tiers tous les trois ans. Le renouvellement n’est donc pas intégral et il ne l’a jamais été depuis la IIIe République. De son côté, l’Assemblée nationale est renouvelée intégralement tous les cinq ans sauf si, entre-temps, une dissolution survient, comme cela a été le cas en 2024. Le renouvellement du Sénat est réalisé selon un découpage des sièges en deux séries. Les séries sont définies par département : ainsi, elles ne comptent pas exactement le même nombre de sénateurs. La série 1, renouvelée en 2023, compte 170 sièges. Pour la série 2, renouvelable en septembre 2026, 178 sièges sont à pourvoir.
Pourquoi le renouvellement du Sénat n’est-il pas intégral ? Parce que le Sénat est une chambre considérée comme permanente, qui doit être garante de la stabilité des institutions. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Sénat ne peut pas être dissout par le président de la République. L’Assemblée nationale est élue au suffrage universel direct par les électeurs. En conséquence, elle représente « directement » la Nation française. Il est donc naturel qu’elle soit désignée immédiatement et sans intermédiaire par les électeurs. De plus, si elle représente directement la Nation alors il est indispensable, au nom de la démocratie, qu’elle représente fidèlement l’opinion nationale dans son ensemble. À l’inverse, le Sénat représente indirectement la Nation à travers les collectivités territoriales. Pour cette raison, il est tout à fait logique qu’il soit élu par les électeurs issus des collectivités territoriales. De la même façon, il n’est pas anormal qu’il soit renouvelé seulement par moitié puisqu’il représente la Nation à travers un autre échelon : les localités.
Le renouvellement partiel à trois avantages. Tout d’abord, il évite les variations brusques de l’opinion sur une courte période. Ensuite, il fait du Sénat, un être juridique perpétuel dont l’activité n’est jamais interrompue. Enfin, il offre une autre photographie du corps électoral.
Pourquoi doit-il exister deux chambres pour former le Parlement ? Quel est l’intérêt de la navette entre les deux ?
Il faut d’abord préciser qu’il n’est pas obligatoire pour un État d’avoir un Parlement divisé en deux chambres (bicamérisme). Plusieurs pays possèdent un Parlement monocaméral (Portugal, Ukraine, Chine, etc.). De plus, la France a souvent eu, dans son histoire, un Parlement composé d’une seule Assemblée (1791 et 1848).
Le bicamérisme possède plusieurs vertus. En premier lieu, un Parlement bicaméral, c’est un Parlement qui représente mieux l’opinion de la Nation. En effet, avec deux assemblées, le Parlement assure une meilleure représentation des différents courants d’opinions, des activités ou encore des entités locales. En deuxième lieu, un Parlement bicaméral assure un meilleur travail parlementaire. Les textes législatifs sont proposés, discutés, modifiés, votés et adoptés selon un esprit qui est, le plus souvent, différent de l’autre assemblée. En troisième lieu, un Parlement bicaméral, c’est un Parlement équilibré. La seconde chambre est une chambre plus modérée, capable de venir tempérer les excès d’une assemblée unique. Rappelons sur ce dernier point, que dans l’histoire de France, à chaque fois que notre pays a connu un Parlement composé d’une seule chambre, une dictature est survenue soit au profit du pouvoir législatif (1792), soit du pouvoir exécutif (1851).
L’intérêt du bicamérisme est qu’il permet une meilleure confection de la loi. La navette en est une excellente illustration. Selon l’article 45 de la Constitution du 4 octobre 1958, une loi doit successivement être examinée par les deux assemblées. Le premier intérêt est qu’une loi ne peut donc pas être examinée par une seule chambre. En conséquence, deux regards différents sont portés sur la loi. Le second intérêt est que les parlementaires de la deuxième chambre ont la possibilité de proposer des modifications à la loi (amendements). Le troisième intérêt est que la seconde assemblée a la possibilité de voter le texte proposé par la première dans des termes identiques, mais aussi et surtout de voter le texte en y apportant des changements importants ou même de le rejeter. Le texte va ainsi « naviguer » d’une chambre à l’autre tant que la loi n’est pas adoptée en termes identiques. Le Gouvernement peut abréger la navette (procédure accélérée, commission mixte paritaire, art. 49 alinéa 3 de la Constitution), mais jamais s’en affranchir. La deuxième assemblée a donc l’assurance que sa « voix » sera entendue.
Quelles formes prend le bicamérisme dans d’autres pays ?
Dans les pays où il existe un Parlement bicaméral, le bicamérisme peut prendre quatre formes.
Dans certains pays, la deuxième assemblée représente les différents territoires au sein d’un État. Cette première forme s’observe dans les États fédéraux (États-Unis). Ainsi, la deuxième assemblée est la « chambre des États » et elle cohabite à côté d’une autre chambre qui représente la Nation dans son ensemble. Il s’agit d’une chambre « territoriale ».
Dans d’autres pays, la deuxième assemblée représente les différentes franges sociales qui composent la Nation. Le meilleur exemple de cette deuxième forme de bicamérisme est celui de la Chambre des Lords au Royaume-Uni. Cette deuxième assemblée représente l’aristocratie civile (Lords Temporal) et religieuse (Lords Spiritual) à côté de la chambre citoyenne (Chambre des communes). Il s’agit d’une chambre « sociologique ».
Plus rarement, le bicamérisme peut prendre une troisième forme en représentant les différents intérêts socio-économiques au sein d’un pays. C’est le cas du Sénat irlandais qui est composé de représentants de divers groupes ou institutions (industrie, administration, agriculture, culture, enseignement supérieur, etc.). Il s’agit d’une chambre « socioprofessionnelle ».
La quatrième et dernière forme de bicamérisme est finalement la plus répandue. Il s’agit d’une chambre qui n’est pas constitutionnellement investie d’une fonction de représentation. Il ne s’agit donc pas d’une « chambre représentative », mais d’une chambre « technique » et « politique ». La mise en place d’une deuxième assemblée a pour objectif d’assurer un meilleur travail parlementaire et de garantir l’équilibre politique au sein d’un pays. Le Sénat français est à ranger dans cette catégorie.
Le questionnaire de Désiré Dalloz
Quel est votre meilleur souvenir d’étudiant ?
Sans aucun doute, mon premier jour en première année de licence de droit à l’Université Paris Panthéon-Assas. Il faut comprendre qu’après une scolarité très laborieuse au lycée, la quasi-totalité de mes enseignants m’avait fait comprendre que je n’aurai pas mon bac et que je pouvais prendre tout le temps nécessaire à mon orientation. Sauf que, à la surprise générale, j’ai obtenu mon bac avec 10,08/20. N’ayant aucune idée de ce que je voulais faire plus tard, j’ai décidé de m’inscrire en faculté de droit. J’ai immédiatement été séduit par le système de l’université, mais sans trop savoir si le droit allait me plaire. Un lundi à 8h, j’ai assisté à mon premier cours magistral : droit constitutionnel. À l’époque, je ne savais pas encore que le professeur dispensant ce cours dirigerait mon mémoire de Master 2 quelques années plus tard, puis ma thèse de doctorat. Je ne savais pas non plus que j’allais, ensuite à mon tour, effectuer une carrière universitaire et me spécialiser en droit constitutionnel.
Quels sont votre héros et votre héroïne de fiction préférés ?
Jean Valjean : un exemple de bonté universelle qui révèle la capacité de chaque homme à s’améliorer.
Antigone : un exemple inspirant de résistance à l’injustice et un modèle d’héroïsme au service des convictions propres à chacun.
Quel est votre droit de l’homme préféré ?
La liberté d’expression. Une liberté des plus précieuses dont les expériences récentes ont montré qu’elle n’était malheureusement pas acquise et qu’elle devait être quotidiennement défendue.
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