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[ 21 septembre 2026 ] Imprimer

Une Union européenne sous pression pour le budget européen 2028-2034

Le discours sur l’État de l’Union de la Présidente de la Commission européenne du 16 septembre 2026, tout comme le document d’analyse de la Cour des comptes européennes, « Pleins feux sur la politique de défense de l’Union européenne » publié le 3 septembre 2026 mettent en évidence une Union européenne qui ne cesse d’être sous pression et dont l’action à venir repose très largement sur la capacité des États membres, par l’intermédiaire du Conseil de l’UE, à la doter d’un budget ambitieux pour la période 2028-2034.

Les éléments de pression sont aujourd’hui multifactoriels entre les guerres et les incertitudes géopolitiques, les conséquences économiques qui en découlent, les conflits commerciaux, les enjeux liés à la maîtrise des technologies, dont l’IA. Il est nécessaire d’y ajouter les différentes élections législatives à venir dans plusieurs États membres au cours de l’année 2027, qui sont certes l’exercice salvateur de la démocratie, mais qui sont souvent aussi accompagnées d’une période de frilosité, compliquant certaines décisions comme l’adoption du futur budget de l’Union pour la période 2028-2034. Or le temps est très contraint.

C’est dans cet environnement que la Commission européenne a présenté à un budget à 2 000 milliards d’euros pour cette période de sept années, ce qui représente 1,26 % du revenu national brut de l’UE. Ce montant est supérieur aux 1 200 milliards d’euros pour la période 2021-2027, mais reste très raisonnable. Par comparaison, le budget de l’État français est d’environ 1 600 milliards d’euros par an. Les négociations sur le budget de l’Union sont en cours, mais des réticences s’expriment déjà. Six États, dont l’Allemagne et les Pays-Bas souhaitent un montant réduit. De son côté, le gouvernement français a émis l’idée d’une baisse de sa contribution au budget pour l’année 2027 en raison des difficultés budgétaires. Cette demande augure mal d’un positionnement ambitieux pour 2028-2034, la crise budgétaire risquant de durer.

Cette approche, indépendamment des enjeux de la répartition du budget pour l’agriculture, la recherche, l’innovation, politique de cohésion, risque de fragiliser le positionnement de l’Union alors même qu’elle est très souvent la seule en mesure de porter les intérêts et les enjeux du continent européen. À titre d’illustrations, elle a ainsi porté et concrétisé le soutien à l’Ukraine, avec l’adoption entre autres de nombreux paquets de sanctions à l’égard de la Russie et la mise en œuvre de soutiens logistique et économique. Elle a été en mesure d’imposer, y compris aux États-Unis, la régulation des plateformes numériques avec deux règlements européens le « Digital Services Act » (DSA) pour la responsabilité des contenus et le « Digital Markets Act » (DMA) pour l'équité de la concurrence. Ces deux règlements n’ont pas été démantelés malgré les mesures de représailles du gouvernement américain par l’augmentation des tarifs douaniers. Ces règles communautaires sont aujourd’hui appliquées aux entreprises américaines, dont Google, qui vient d’être sanctionnée en juillet 2026 pour près de 900 millions d’euros. C’est également à partir de moyens européens et de choix politiques que les institutions ont su élaborer et déployer une politique de l’énergie en faveur d’une sécurisation des ressources et d’une plus grande autonomie, notamment par l’électrification et le déploiement des énergies renouvelables et le soutien plus récent au nucléaire. D’autres exemples pourraient être cités comme les politiques en faveur de la formation, des infrastructures de transport.

Le budget, même s’il est beaucoup plus faible que celui de la France, demeure déterminant en ce qu’il permet d’impulser des politiques, de venir au soutien de l’action des États membres par des cofinancements et de coordonner les efforts pour une meilleure efficacité et gommer les obstacles que constituent les frontières. S’il est normal que les États membres pèsent sur les priorités, il en va autrement s’il s’agit de limiter la capacité d’actions de l’Union européenne.

Aussi, dans une campagne électorale, ce sujet devrait-il faire l’objet d’échanges approfondis, car ce qui est questionné c'est le rôle alloué à l’Union au-delà des chiffres du budget et de la quote-part française au financement de celui-ci. C’est aussi la capacité de l’Union à continuer à porter des réponses collectives pour garantir les conditions d’une souveraineté politique et économique, fort d’un poids économique, démographique et militaire des vingt-sept États membres qui compte encore à ce jour. Rappelons que la Chine et l’Inde sont deux États avec plus d’un milliard d’habitants.

 

Auteur :Vincent Bouhier


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