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[ 8 juin 2026 ] Imprimer

Finances publiques : tout est dit mais rien n’est fait

La décision du Gouvernement de constituer, en mai 2026, une commission réunissant quatre économistes de premier plan – Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla – afin d'établir un état des lieux des finances publiques à l'horizon 2030 et d'identifier plusieurs scénarios de redressement budgétaire intervient dans un contexte de dégradation persistante des comptes publics. Cette initiative s'inscrit également dans la perspective de la préparation des prochains arbitrages budgétaires et du futur projet de loi de finances.

Appuyée par l'Inspection générale des finances, cette commission est chargée d'apprécier l'évolution spontanée des recettes et des dépenses publiques au cours des prochaines années. Ses travaux porteront notamment sur les dépenses de protection sociale, les retraites, la charge de la dette, les dépenses de défense, les investissements liés à la transition énergétique ainsi que les autres investissements publics. Elle devra également mesurer les efforts nécessaires pour atteindre différents objectifs de réduction du déficit public et préciser la contribution susceptible d'être demandée à chacune des composantes des administrations publiques : État, administrations de sécurité sociale et collectivités territoriales.

Si cette mission est présentée comme un exercice d'expertise indépendant destiné à éclairer la décision publique, sa création suscite néanmoins plusieurs réserves.

La première tient à sa composition. La commission ne réunit que des économistes alors même que les finances publiques ne sauraient être appréhendées sous le seul angle économique. Les contraintes juridiques, les équilibres institutionnels, les relations financières entre l'État et les collectivités territoriales, les exigences constitutionnelles ou encore les modalités concrètes de mise en œuvre des réformes constituent autant de paramètres déterminants qui dépassent le champ de l'analyse économique stricto sensu.

La seconde interrogation concerne l'utilité même de la démarche. Les difficultés structurelles des finances publiques françaises sont aujourd'hui parfaitement identifiées et abondamment documentées. Depuis le rapport Pébereau de 2005, les rapports annuels de la Cour des comptes, les avis du Haut Conseil des finances publiques, les travaux parlementaires, les revues de dépenses, les évaluations conduites par l'Inspection générale des finances ainsi que les nombreuses commissions d'experts mises en place au gré des alternances politiques convergent vers des constats largement partagés. Tous mettent en évidence un déséquilibre durable des finances publiques résultant de la progression continue de la dépense, des difficultés rencontrées pour conduire certaines réformes structurelles et de l'accumulation de déficits alimentant la croissance de la dette publique.

Les pistes de redressement sont elles-mêmes connues depuis longtemps : maîtrise de la dépense publique, révision de certaines politiques publiques, amélioration de l'efficience administrative, rationalisation de l'intervention publique ou encore réforme de dispositifs sociaux et fiscaux. L'enjeu n'est donc plus d'établir un diagnostic supplémentaire ni même d'identifier de nouvelles solutions. Il réside davantage dans la capacité des responsables publics à mettre en œuvre des mesures dont les principes sont déjà largement connus.

Dans cette perspective, la création d'une nouvelle commission peut apparaître moins comme une recherche de solutions inédites que comme une démarche destinée à conférer une légitimité technique supplémentaire à des choix budgétaires qui devront prochainement être assumés. Elle s'inscrit dans une pratique désormais récurrente consistant à multiplier les rapports et les exercices d'expertise alors même que les principales analyses sont déjà disponibles au sein des institutions existantes.

Cette situation révèle d'ailleurs un paradoxe singulier. Alors que la Cour des comptes, le Haut Conseil des finances publiques, les inspections générales et les commissions parlementaires disposent précisément des compétences et des moyens nécessaires pour éclairer les choix budgétaires, le Gouvernement éprouve le besoin de créer une instance supplémentaire chargée de réitérer des constats établis de longue date.

Le risque est alors de nourrir le sentiment d'une inflation d'expertises dont la finalité ne serait plus tant d'informer les décideurs publics que de préparer l'opinion à des arbitrages budgétaires difficiles, en confiant à des experts extérieurs la responsabilité intellectuelle des diagnostics et des efforts à consentir.

Plus profondément, cette initiative met en lumière une faiblesse récurrente de la gouvernance financière française. La multiplication des analyses, des rapports et des recommandations peine à masquer l'absence de décisions suffisamment ambitieuses pour remédier à des déséquilibres identifiés depuis de nombreuses années. La véritable question n'est plus de savoir quelles réformes pourraient être engagées pour améliorer durablement les finances publiques. Elle consiste désormais à déterminer si les pouvoirs publics sont prêts à assumer les conséquences politiques, économiques et sociales des solutions qu'ils connaissent déjà.

 

Auteur :Stéphanie Damarey


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