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[ 19 avril 2018 ] Imprimer

Criminocorpus

Criminocorpus est une plateforme de publication web en accès libre dédiée à l’histoire de la justice, des crimes et des peines. Elle est composée d’une revue, d’un blog d’actualité et d’un site musée nativement numérique . C’est son directeur de la publication, Marc Renneville, directeur du Centre pour les humanités numériques et l'histoire de la justice (CLAMOR) qui répond à nos questions.

De quels besoins est née la plateforme numérique Criminocorpus ?

L’idée de la plateforme remonte à 2003. Au départ, il s’agissait de créer un site « portail » répondant à plusieurs objectifs. En premier lieu, tenter d’écrire l’histoire autrement en expérimentant les écritures numériques et hypermédia. C’était là un objectif un peu utopique pour des historiens : il s’agissait d’écrire un récit qui donne au lecteur la possibilité de lire également les sources de l’histoire. Notre premier projet alliait ainsi une recherche collective sur la naissance de la criminologie en France à la fin du XIXe siècle et la mise à disposition en ligne de l’intégralité de la première revue française de ce domaine « Les archives de l’anthropologie criminelle ». Le deuxième objectif était de faciliter la recherche en histoire du droit et de la justice en donnant accès en un même lieu, sans restriction, à des corpus de sources, des instruments de recherche et des articles portant sur le même thème. Le troisième objectif enfin, et peut-être le plus original pour des chercheurs, c’était de constituer un espace de ressources également accessible à la communauté scientifique, aux professionnels de la justice et du droit, aux enseignants, aux journalistes et à toute personne intéressée. Il me semblait que l’on pouvait participer d’une manière originale au débat public sur les enjeux de la justice, sans forcément s’impliquer dans les controverses du présent.

Que trouve-t-on sur Criminocorpus ?

Criminocorpus, c’est la Samaritaine de l’histoire de la justice ! Plus sérieusement, on peut effectivement y trouver une grande variété de ressources : le site revue propose des actes de manifestations scientifiques et des dossiers thématiques ouverts sur des questions aussi variées que l’histoire de la criminologie, bagnes coloniaux, crimes et criminels au cinéma, faux-monnayeurs, histoire des avocats, les rebelles face à la justice, musique et justice, etc. Sur le site Musée, la variété est encore plus grande : on y trouve une quarantaine d’expositions virtuelles (sur la peine de mort, les prisons, les graffitis, les bagnes, le fichage, la calligraphie des greffiers, etc.), une visite de la prison de la Santé, des entretiens avec des acteurs de la justice (magistrats, avocats, journalistes, dessinateurs, jurés…), une bibliothèque numérique composée de collections provenant de fonds privés ou d’institutions partenaires, des corpus juridiques (toutes les versions du Code civil de 1804 à 2004, toutes les versions de l’ordonnance du 2 février 1945 sur la justice des mineurs), des chronologies, des bases de données de recherche. On essaie autant que possible de tisser des liens entre ces ressources. Ainsi, un thème tel que la police scientifique est traité sous plusieurs formes : dossier thématique dans la revue, exposition virtuelle, chronologie, collections de documents et, d’ici quelques mois, une visite offrant quatre parcours thématiques dans nos ressources. Nous avons également deux projets participatifs en cours. Le premier porte sur les complaintes criminelles diffusées en France depuis 1870, le second vise à réaliser un inventaire progressif du patrimoine judiciaire de la France. Les contributions en photographies ou documentation sont les bienvenues.

Pourquoi avez-vous décidé d’ouvrir un musée numérique d’histoire de la justice ? 

En recomposant nos contenus sous la forme d’un musée, nous avons souhaité nous adresser à un plus large public pour contribuer à une meilleure connaissance partagée de l’histoire méconnue de la justice, des crimes et des peines. Librement accessible et totalement gratuit, le Musée rassemble aujourd’hui un éventail de ressources numériques sans équivalent pour explorer la justice et son histoire. Sa mise en place est partie d’un constat d’absence : il n’existe pas en France de lieu dont la mission soit de rassembler et de présenter des informations fiables et accessibles à tous sur l’histoire de la justice, des crimes et des peines. De précieux musées — pas assez connus du public — traitent chacun un pan de cette histoire mais il manquait un lieu qui assemble et rassemble ces histoires liées et, plus encore, un lieu ouvert à tous, en permanence. Notre musée a vocation à construire et partager la connaissance de cette histoire dispersée et souvent déformée par nos idées reçues. J’ajoute qu’il n’existe à ce jour aucun projet concret d’édification en France d’un musée public consacré à l’histoire de la justice et de la sécurité. Pour que la situation change, il faudrait une décision consensuelle et forte suivie d’effets et de moyens, conjuguée à une implantation déjà bien en place dans l’imaginaire collectif. Le 36 quai des Orfèvres serait sous ce rapport, tout indiqué. En attendant cette hypothétique réalisation, l’équipe de Criminocorpus a pris l’initiative de construire le versant numérique de ce musée. 

Qui sont les contributeurs de Criminocorpus ?

Nous collaborons avec de nombreuses institutions avec lesquelles nous engageons des partenariats documentaires : les Archives nationales, les Archives départementales, de nombreux musées qui nous permettent de mettre leurs expositions en ligne, des bibliothèques, mais aussi des chercheurs qui nous confient la valorisation de leurs bases de données, des collectionneurs  qui nous offrent la possibilité de mettre en ligne des documents ou objets numérisés issus de leurs collections. Parmi les riches collections qui constituent sa bibliothèque, Criminocorpus abrite notamment la collection Philippe Zoummeroff qui constitue l’un des plus importants fonds privé francophone sur l’histoire de la justice mis à la libre disposition du public 

Le questionnaire de Désiré Dalloz

Quel est votre meilleur souvenir d’étudiant ? 

J’ai beaucoup de bons souvenirs mais, après Michelle Perrot poussant la chansonnette dans un amphi d’étudiants de première année, c’est le cours d’histoire mondiale de Robert Bonnaud qui me revient. Historien un peu marginal et aujourd’hui oublié, Robert Bonnaud intervenait lui aussi en amphi à Jussieu, sans note, et nous présentait avec son bel accent du sud les histoires parallèles de la Chine ancienne et la Grèce antique, de l’Europe et des Amériques. Son cours nous donnait à entendre sa différence, par son inventivité conceptuelle et son souci du détail. Il avait un vrai talent de conteur érudit. C’était un éveilleur de conscience historique.

Quel est votre héros de fiction préféré ?

Humour et beauté : Emma Peel dans la série « Chapeau melon et bottes de cuir ».

Quel est votre droit de l’homme préféré ?

Liberté et égalité de dignité de tous, que chacun agisse dans un esprit de fraternité… : La mise en pratique de l’article premier exigerait de changer bien des choses.

 

Auteur :M. B. C.


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